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Vendredi 4 juillet 2008

REGARDEZ : À peine arrivée, Ingrid Betancourt pleure

Ingrid Betancourt et ses enfants quittent l'Elysée et rejoignent l'Hôtel Marigny, le 4 juillet 2008 © CYRIEL MARTIN


 

Elle prend la parole une fois sur le tarmac


À 16 h 04, l'Airbus A319 de la République française qui a fait escale aux Antilles vient de ramener Ingrid Betancourt. Nicolas Sarkozy et Carla Bruni-Sarkozy attendaient l'ex-otage au pied de l'avion. Les enfants d'Ingrid Betancourt sont descendus peu après, suivis de leur père. Une discussion a eu lieu au pied de la passerelle entre le président de la République, Ingrid Betancourt et Bernard Kouchner.

À bord de l'avion, se trouvait aussi un médecin qui a examiné Ingrid Betancourt et qui juge son état "satisfaisant".

La presse était massée derrière un cordon de sécurité à côté des membres du comité de soutien reconnaissables à leur tee-shirt jaune. Trois micros ont été installés sur le tarmac.

Dans l'avion qui la ramenait vers la France, Ingrid Betancourt a notamment déclaré qu'elle devait "sa vie à la France". Et de raconter qu'un de ses compagnons de captivité a été repris et fusillé après une tentative d'évasion. "Si la France n'avait pas été derrière moi, j'aurais probablement subi le même sort."

Il est prévu que demain, samedi 5 juillet, Ingrid Betancourt passe la journée à l'hôpital du Val-de-Grâce pour y subir des examens médicaux et notamment sanguins afin de vérifier si elle n'a pas contracté d'hépatite C.

Nicolas Sarkozy et Ingrid Betancourt se sont, ensuite, exprimés à tour de rôle au pied de l'avion.

Le chef de l'État, visiblement ému, a déclaré que la France était heureuse qu'Ingrid Betancourt soit de retour, qu'elle avait une famille formidable, car ils n'avaient jamais renoncé. Et de rappeler que, comme les infirmières bulgares, la "lumière [était] au bout du chemin". "Cela donne du courage à la France de se battre pour une cause comme la vôtre. Bienvenue, la France vous aime."

Ingrid Betancourt a longuement répondu au chef de l'État. Elle a commencé par dire qu'elle rêvait de vivre ce moment depuis sept ans. Et d'ajouter qu'elle était "comblée d'être vivante et d'être libre". "La France c'est chez moi, vous êtes ma famille [...]. J'ai beaucoup pleuré de douleur pendant sept ans. Aujourd'hui, je pleure de joie."

Puis, Ingrid Betancourt s'en est allée voir ses comités de soutien, rencontrant notamment des personnalités et des inconnus qui se sont mobilisés pour elle.

À l'Élysée, la journaliste et ex-détenue en Irak Florence Aubenas et Hervé Marro, responsable de son principal comité de soutien, sont arrivés peu avant la Franco-Colombienne.

À 17 h 13, Nicolas Sarkozy et Ingrid Betancourt ont commencé à s'exprimer dans un salon de l'Élysée. Le chef de l'État a fait longuement applaudir la famille de l'ex-otage avant de souligner l'engagement du maire de Paris Bertrand Delanoë et de personnalités du monde de la chanson, tout particulièrement du chanteur Renaud.

L'ex-otage a ensuite pris la parole et raconté en quelques mots son calvaire. Elle a décrit l'hostilité de la jungle dans laquelle "tout pique", qu'elle a "dû marcher 300 kilomètres par an". Ingrid Betancourt rappelle que, sans le soutien des personnes qui se sont mobilisées pour elle, jamais elle n'aurait pu tenir aux mains des Farc. Elle a, ensuite, demandé que l'on continue le combat pour ceux qui restent encore prisonniers de l'organisation révolutionnaire qui, selon Ingrid Betancourt, ne communique plus avec personne. Ingrid Betancourt a ensuite suggéré que l'on crée une bourse franco-colombienne "de la liberté" pour des étudiants victimes des Farc. Cette idée s'inspire du fait que, pendant sa captivité, Ingrid Betancourt donnait des cours de français aux autres prisonniers afin de les détourner de l'idée du suicide.

Nicolas Sarkozy a conclu en confirmant qu'il ne fallait pas oublier les autres otages. Le chef de l'État a répondu favorablement au projet d'accueil des victimes des Farc. Et il a rappelé que les membres des Farc pouvaient eux-mêmes venir en France s'ils arrêtaient leur combat de "tortionnaires moyenâgeux". Nicolas Sarkozy a ensuite longuement évoqué le soldat Shalit , toujours prisonnier et dont il souhaite la libération.

À 18 heures, le marathon médiatique se poursuit avec une conférence de presse d'une heure dans les salons de l'Hôtel Marigny, en face de l'Élysée. Ingrid Betancourt répond sans relâche aux questions des journalistes du monde entier. Quarante-huit heures après sa libération, les premières polémiques ont déjà commencé et l'ex-otage est rapidement interrogée sur le versement d'une rançon de 20 millions de dollars pour la libérer. Calmement, elle répond : "Je garde en mémoire le geste que m'a fait cet homme accroupi par terre, les yeux bandés, les mains dans le dos, poings et pieds liés. Je ne pense pas que quelqu'un qui ait pu recevoir une rançon puisse avoir une expression comme celle-là." Ingrid Betancourt ne sourit plus, et affirme, l'air grave : "Franchement, honnêtement, dans mon coeur, je ne pense pas qu'on puisse me duper facilement. Je ne pense pas que ce que j'ai vu soit une mise en scène. Il y avait un degré de tension", ajoute-t-elle.

Dans la salle, le président du comité de soutien à l'ex-otage, Hervé Marro, soupire. "Tout le monde se jette sur elle. Ils semblent oublier qu'elle vient de passer six ans et demi dans la jungle." Il n'a presque pas eu le temps de parler avec celle pour qui il se bat depuis si longtemps. "Je suis épuisé", finit-il par lâcher, confiant son impatience de prendre des vacances. Dans les couloirs de l'Hôtel Marigny, le service de sécurité montre également quelques signes de fatigue et repousse sans ménagement les journalistes trop curieux. À 19 heures, Ingrid Betancourt quitte les ors de la République, et s'engouffre dans une voiture blindée, vitres teintées. La folle journée de l'ex-otage n'est pas encore terminée. Direction Boulogne-Billancourt et le 20 heures de TF1...


 


 

http://www.lepoint.fr/actualites-monde/regardez-a-peine-arrivee-betancourt-s-exprime-a-villacoublay-et-a/924/0/258041

par beber
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