PARIS (Reuters) - Le nouvel ambassadeur de Chine en France, Kong Quan, a condamné mardi la décision de la municipalité parisienne d'honorer le dalaï-lama, tout en estimant qu'il ne fallait pas dramatiser les tensions autour des Jeux olympiques et le Tibet.
"Il s'agit d'une ingérence dans les affaires intérieures d'un pays souverain", a dit Kong Quan sur France info, après avoir remis ses lettres de créance au président Nicolas Sarkozy.
"Vous connaissez le dalaï-lama. Certes, il est chef de file d'une des sectes dans le bouddhisme tibétain. Mais il est surtout un exilé politique qui dirige un gouvernement en exil et qui mène des activités séparatistes", a-t-il ajouté.
Concernant les tensions entre les deux gouvernements, l'ambassadeur a joué l'apaisement.
"Il ne faut surtout pas dramatiser les choses", a-t-il dit en jugeant important que les deux peuples "se comprennent de mieux en mieux" et oeuvrent ensemble "pour un avenir commun de prospérité."
Il a indiqué ne pas avoir été informé par le président français d'un possible boycottage de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques si le dialogue ne reprenait pas avec le dalaï-lama.
"Vous me posez une question qui ne reprend pas du tout les termes qui ont été utilisés par la présidence, ni par le président lui-même", a-t-il affirmé.
Les manifestations organisées en France contre la politique répressive de la Chine au Tibet, notamment lors du passage de la flamme olympique à Paris le 7 avril, ont jeté un froid dans les relations franco-chinoises.
Des manifestations anti-françaises ont eu lieu en Chine, où des internautes chinois appellent au boycottage des produits français.
TROIS PRIORITES
Nicolas Sarkozy a chargé le président du Sénat, Christian Poncelet, et l'ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin de transmettre des messages d'apaisement aux dirigeants chinois.
Dans une interview au Parisien, à paraître mercredi, Jean-Pierre Raffarin assure que la politique vis à vis de la Chine reste inchangée et que Pékin ne "bloque pas" sur une reprise du dialogue avec le dalaï-lama.
"Le message est clair: la politique de la France vis à vis de la Chine ne change pas. Elle est fondée sur les grands principes qu'avait énoncés dès 1964 le général de Gaulle", déclare l'ancien Premier ministre.
Nicolas Sarkozy, qui a reçu récemment à l'Elysée Matthieu Ricard, un proche du dalaï-lama, a lancé plusieurs appels à la reprise du dialogue entre Pékin et des représentants du chef spirituel des Tibétains.
Il a également fait savoir que sa participation à la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Pékin, le 8 août, dépendrait de la réponse des autorités chinoises.
Selon Jean-Pierre Raffarin, le président chinois a fait savoir à son homologue français que Pékin "ne bloquait pas en ce qui concerne une reprise du dialogue avec les émissaires du dalaï lama" mais mettait "un certain nombre de conditions à la reprise de ce dialogue."
"La Chine souhaite que trois priorités soient reconnues: la reconnaissance de l'unité nationale de la Chine, ce qui n'intègre évidemment pas une logique d'indépendance pour le Tibet. L'arrêt de toutes les formes de violence. Enfin, un soutien pour la réussite des Jeux olympiques. Ce sont les trois priorités exposées. Il faut les expertiser et en discuter", dit-il.
Emmanuel Jarry

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