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Jeudi 6 novembre 2008 4 06 /11 /Nov /2008 00:17

MOSCOU (AFP) — Le président russe Dmitri Medvedev a appelé mercredi son futur homologue américain Barack Obama à "un dialogue constructif", tout en accusant les Etats-Unis de tous les maux et en annonçant le déploiement de missiles pour contrer leur bouclier en Europe.

"Nous espérons que nos partenaires, la nouvelle administration des Etats-Unis, feront le choix de bonnes relations" avec la Russie, a déclaré M. Medvedev dans son premier discours à la Nation, prononcé opportunément au lendemain de l'élection américaine.

Un peu plus chaleureux dans un communiqué, il a invité M. Obama à "un dialogue constructif", reposant sur la "confiance", jugeant qu'il existait "un potentiel solide" pour de meilleures relations avec Washington, qui ont tourné à la guerre froide sous la présidence de George W. Bush.

Très offensif tout au long de son discours, M. Medvedev a dénoncé la "politique présomptueuse de l'administration américaine" qui a, selon lui, entraîné la "tragédie de Tskhinvali", allusion au conflit armé russo-géorgien d'août autour de la région séparatiste d'Ossétie du Sud et de sa capitale, Tskhinvali.

Il a également accusé les Etats-Unis d'avoir provoqué la crise financière internationale "en gonflant la bulle financière pour stimuler leur croissance" et en perdant "tout sens élémentaire de la mesure".

Dans ce discours très solennel de 85 minutes prononcé au Grand Palais du Kremlin devant députés, représentants des corps constitués et ministres, dont le Premier d'entre eux, Vladimir Poutine, le président s'est attaché à muscler son discours et à asseoir son autorité.

Il a ainsi dévoilé la riposte militaire que la Russie compte opposer au déploiement du bouclier antimissile américain en Pologne et en République tchèque, perçu comme une menace par Moscou.

"Pour neutraliser en cas de nécessité le système de défense antimissile, on va déployer dans la région de Kaliningrad (enclave russe coincée entre la Pologne et la Lituanie dans l'UE, ndlr) le complexe de missiles Iskander", a-t-il déclaré.

"Depuis la même région, on va brouiller les nouveaux éléments du système de défense antimissile que les Etats-Unis ont l'intention de déployer", a-t-il ajouté.

Le président lituanien Valdas Adamkus a qualifié cette annonce d'"incompréhensible", la jugeant, tout comme la commissaire européenne aux Affaires étrangères, Benita Ferrero-Waldner, peu compatible avec le "pacte de sécurité" proposé par M. Medvedev aux Européens.

Le Premier ministre polonais Donald Tusk a relativisé ces déclarations, "un acte politique, et non militaire", selon lui, tandis que l'Otan s'inquiétait de la conformité d'un tel déploiement de missiles avec les accords de contrôle des armements.

Avec des accents très "poutiniens", M. Medvedev a aussi accusé Washington d'avoir "utilisé le conflit dans le Caucase comme prétexte pour introduire dans la mer Noire des bateaux de guerre de l'Otan et pour imposer plus vite encore à l'Europe le (bouclier) antimissile".

A la surprise générale, il a repris par ailleurs à son compte l'idée d'allonger de quatre à six ans la durée du mandat présidentiel en Russie, et proposé d'obliger le gouvernement "à rendre des comptes chaque année à la Douma", la chambre basse du Parlement.

De l'avis des experts, M. Medvedev n'a pu prendre une telle initiative qu'en accord avec Vladimir Poutine, qui reste la clé de voûte de l'exécutif et contrôle également le Parlement où son parti, Russie unie, détient une majorité écrasante.

"Le décideur numéro un, ce n'est pas Medvedev mais Poutine (..) Cela ne va pas changer dans le futur immédiat", estime ainsi Maria Lipman, analyste au Centre Carnegie à Moscou.


http://afp.google.com/article/ALeqM5jV-GKkqA547CHQQOFJMKxxkAxe9g

Par beber
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Jeudi 6 novembre 2008 4 06 /11 /Nov /2008 00:16
Samuel Laurent (lefigaro.fr) avec agences
05/11/2008 | Mise à jour : 21:40 |
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George W. Bush a invité Barack Obama à effectuer «le plus vite possible» une visite à la Maison-Blanche. AP/WINTERBOTTOM
George W. Bush a invité Barack Obama à effectuer «le plus vite possible» une visite à la Maison-Blanche. AP/WINTERBOTTOM Crédits photo : ASSOCIATED PRESS

Le président sortant assure qu'il tiendra le démocrate informé des décisions qu'il prendra d'ici à la passation de pouvoir. Obama devrait assister à la réunion du G20 le 15 novembre prochain.

Fair play. Le président Bush a assuré mercredi qu'il ferait son possible pour que la transition avec la future administration démocrate se déroule au mieux. «Je tiendrai le président élu complètement informé des décisions importantes que je prendrai», a promis George W. Bush, qui invite Barack Obama à effectuer «le plus vite possible» une visite à la Maison-Blanche.

Le premier test de cette collaboration ne se fera pas attendre : le 15 novembre prochain se tiendra à Washington un sommet international sur la crise financière, auquel le président élu des Etats-Unis compte bien participer. L'administration sortante attend la contribution des démocrates à ce sommet et promet de laisser à la future équipe un cadre diplomatique pour les grands défis internationaux.

Pour autant, George W. Bush a précisé : «Il y a encore des choses importantes à faire dans les mois qui viennent, et je continuerai à conduire les affaires aussi longtemps que je serai en poste».

 

Rahm Emmanuel, futur secrétaire général

 

Parmi ces défis, le nucléaire nord-coréen, le changement de stratégie en Afghanistan, et surtout la réponse à apporter à la crise économique. Autant de questions auxquelles l'administration Bush compte bien apporter ses propres réponses sans attendre celles d'Obama. Mais le congrès, dont la majorité démocrate a été renforcée mardi, pourrait ne pas laisser faire les républicains dans cette voie.

Obama a déjà mis en place une équipe de transition, à la tête de laquelle il a placé l'ancien «chief of staff» (secrétaire général) de Bill Clinton, John Podesta. Quant à son futur secrétaire général, le président élu a apparemment demandé au représentant démocrate de l'Illinois et ancien conseiller politique de Clinton, Rahm Emanuel, d'occuper le poste, selon plusieurs rumeurs.

Dans les mois qui viennent vont se dérouler des milliers de changements dans l'administration américaine. C'est ce qu'on nomme le «spoil system» : partout, des postes tenus par des républicains vont revenir à des démocrates. Un remue-ménage qui ne se déroule pas toujours très bien. La transition Bush-Clinton de 1992-1993 avait ainsi été difficile.

Une dernière formalité, cependant, sépare Obama de la présidence des Etats-Unis d'Amérique : le vote des grands électeurs, qui devront confirmer son élection populaire. Traditionnellement, ils se réunissent, dans chaque Etat, le premier lundi qui suit le deuxième mercredi de décembre. Cette année, ce serait donc le 15 décembre, avant son investiture officielle et la passation des pouvoirs, le 20 janvier 2009.

http://www.lefigaro.fr/elections-americaines-2008/2008/11/05/01017-20081105ARTFIG00766-bush-promet-a-obama-une-transition-en-douceur-.php

Par beber
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Jeudi 6 novembre 2008 4 06 /11 /Nov /2008 00:13
Voici les principales réactions en France après l'élection mercredi de Barack Obama comme 44e président des Etats-Unis.

- Nicolas SARKOZY, président de la République:

"Votre victoire brillante récompense un engagement inlassable au service du peuple américain. Elle couronne également une campagne exceptionnelle", a-t-il transmis dans un message au nouveau président américain. "En vous choisissant, c'est le choix du changement, de l'ouverture et de l'optimisme qu'a fait le peuple américain".

"Au moment où nous devons faire face tous ensemble à d'immenses défis, votre élection soulève en France, en Europe et au-delà dans le monde un immense espoir. Celui d'une Amérique ouverte, solidaire et forte qui montrera à nouveau la voie, avec ses partenaires, par la force de l'exemple et l'adhésion à ses principes."

- Francois FILLON, Premier ministre:

"La lucidité doit nous conduire à ne pas tout attendre d'un homme qui a d'abord été élu pour défendre les intérêts de son pays". "Mais l'espoir nous porte à croire qu'avec l'élection de Barack Obama un nouvel élan partagé est possible".

"Si les Etats-Unis ont désormais tous les moyens de se réconcilier avec eux-mêmes, il reste encore pour eux à se réconcilier avec une grande partie du monde, qui est en quête d'un nouvel équilibre diplomatique" et "économique".

- Bernard KOUCHNER, ministre des Affaires étrangères :

"C'était une campagne formidable, c'est une victoire exceptionnelle". "Je fais le pari d'un vrai partenariat, et non pas d'un suivisme, entre l'Europe -qui enfin existe- et les Etats-Unis, (...) pour tenter de régler (...) les problèmes du monde". "Ce multilatéralisme doit absolument être construit avec les Américains, et je pense qu'avec Barack Obama ce sera mieux, en tous cas c'est notre espoir."

- Rama YADE, secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères et aux Droits de l'Homme :

"Ce qui s'est passé là, c'est une chute du mur de Berlin fois dix". "Je crois que ce matin, nous avons tous envie d'être Américains."

- Laurent WAUQUIEZ, secrétaire d'Etat à l'Emploi:

"On a l'impression que tout à coup, on a ouvert les fenêtres sur une politique américaine qui sentait la naphtaline". "Ce que je trouve fascinant, c'est à quel point il fait passer un souffle nouveau". "Comme (...) avec l'élection présidentielle de Nicolas Sarkozy, on a une nouvelle génération de dirigeants qui arrivent sur la scène mondiale, qui sont jeunes, pragmatiques, qui ne sont pas du tout pris dans les vieux carcans idéologiques".

- Bernard ACCOYER, président de l'Assemblée nationale:

"L'élection de Barack Obama ouvre une ère nouvelle pour l'Amérique et marque la force et la vitalité de la démocratie américaine". "Lors de sa première visite en France, j'aurai le plaisir et l'honneur de l'inviter à s'exprimer devant l'Hémicycle de l'Assemblée nationale".

- François HOLLANDE, Premier secrétaire du PS:

Le peuple américain "a eu cette audace, ce courage, cette force de choisir non pas simplement le camp du progrès que représentait Barack Obama avec le parti démocrate américain, mais un homme dont chacun connaissait ses origines, ses positions, sa couleur de peau". Mais "si le monde est forcément concerné par cette belle élection si symbolique, l'élection du président des Etats-Unis n'est pas l'élection du président du monde."

- Bertrand DELANOE, maire de Paris:

"Le grand peuple américain (...) a osé un grand tournant historique". "C'est une belle leçon de démocratie." Barack Obama "est habité par des convictions profondes, il est authentique, il est énergique et il recherche l'efficacité. En tant que socialiste, j'aime aussi qu'il ait mis des engagements très progressistes dans son programme."

- Ségolène ROYAL, ancienne finaliste à l'élection présidentielle:

"C'est un changement d'époque car le monde vient de franchir un nouveau cap". "Je forme le voeu que l'Amérique métissée fasse du même coup progresser partout la fraternité mondiale".

- Martine AUBRY:

"Le grand peuple américain a réalisé le formidable rêve de Martin Luther King, en portant un homme noir à la présidence des Etats-Unis d'Amérique". "L'élection de Barack Obama est un message de paix, de justice et de fraternité au monde entier (...) un espoir d'une vie meilleure pour des millions d'Américains"

- François BAYROU, président du MoDem:

"L'élection de Barack Obama, elle montre au moins que tout n'est pas décidé d'avance. Que quand un homme rencontre un peuple, avec ce qu'il croit et ce qu'il est, à ce moment-là le peuple l'entend, et (...) ce qui hier paraissait inimaginable, tout d'un coup devient la réalité."

- Les VERTS:

"La victoire de Barak Obama est une formidable leçon pour la classe politique en France qui peine encore à élire des représentants issus de la diversité" et un "espoir que les Etats-Unis s'engagent enfin dans la lutte contre le réchauffement climatique".

- Marie-George BUFFET, secrétaire nationale du PCF

"L'élection du premier Président afro-américain de toute l'histoire des Etats-Unis, sur les thèmes du changement, d'un meilleur droit à la santé pour tous, de la paix ou encore d'une plus juste répartition des richesses (...) est un événement politique majeur". Mais "le plus dur reste à faire, à savoir ne pas décevoir les attentes que la campagne du sénateur de l'Illinois a suscité aux Etats-Unis mais aussi dans le monde".

- Olivier BESANCENOT, porte-parole de la LCR:

Il a dit espérer "que la classe politique française ne se rue pas sur l'effet Obama pour en faire un effet marketing".

"Avant qu'en France, il y ait des Noirs, des Arabes, des ouvriers, des femmes, et des jeunes sur les bancs de l'Assemblée nationale, il y a encore du chemin".

- Arlette LAGUILLER, porte-parole de Lutte Ouvrière.

"On peut éprouver une certaine satisfaction à l'élection d'Obama car elle signifie l'échec du camp (...) du conservatisme social et de la bigoterie affichée. (...) Mais la satisfaction s'arrête là. Contrairement à son slogan électoral qui promet le changement, Obama gouvernera, comme tous ses prédécesseurs, en fonction des intérêts de la grande bourgeoisie américaine".

- Jean-Marie LE PEN, président du Front national:

"Cela me choque d'autant moins que la première fois que j'ai été élu député en 1956, mon deuxième de liste était un noir". "C'était une espèce de mélange d'Obama et de McCain, parce que d'abord il était noir (...) et c'était un héros de la deuxième guerre mondiale". "J'avais fait la synthèse 50 ans avant".

- Jacques CHIRAC, ancien président de la République:

"Alors que votre élection suscite dans le monde émotion et espoir en ces temps difficiles, je ne doute pas que la France et le peuple français auront à coeur d'entretenir et d'approfondir avec votre pays et le peuple américain, les liens d'amitié et de coopération si intenses qu'une longue histoire commune a forgés", a-t-il déclaré dans une lettre de félicitations à Barack Obama.

- Dominique de VILLEPIN, ancien Premier ministre:

"Je crois que c'est une formidable victoire pour les Etats-Unis, pour la démocratie américaine, mais c'est surtout la fierté retrouvée pour les Américains. Il ne faut pas oublier que pendant huit ans les Etats-Unis ont fait l'objet de nombreuses critiques, les Américains ont été montrés du doigt un peu partout sur la planète", a-t-il déclaré sur LCI. "Pour tous les Américains (...), c'est le sentiment de retrouver une Amérique respectée, une Amérique souvent même admirée."

- Le CRIF (Conseil représentatif des Institutions juives de France):

"Le CRIF espère que le nouveau chef de l'exécutif américain s'opposera avec détermination et sans angélisme aux projets nucléaires du régime iranien fanatique, agressif et négationniste, et (...) émet des voeux pour que la nouvelle administration américaine favorise, par des mesures réalistes, la paix au Proche Orient".

- Dalil BOUBAKEUR, recteur de l'Institut musulman de la Mosquée de Paris:

"Le grand rêve du Pasteur Martin Luther King est aujourd'hui devenu réalité, faisant franchir un pas de géant à toute l'humanité." M. Boubakeur "implore Dieu" d'accorder à Barack Obama "tout son succès dans ses actions pour enrayer l'injustice et que cessent toutes les guerres".

- Le MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples):

"Cette élection représente un encouragement et un point d'appui pour persévérer dans les luttes pour l'égalité effective des droits et contre le racisme. Mais cette élection ne produira aucun miracle sans la vigilance et l'engagement inébranlable de tous les citoyens pour le respect universel de la personne humaine et de tous les peuples".

- Le CRAN (Conseil représentatif des associations noires de France):

"Aujourd'hui, les Noirs de France regardent vers les Etats-Unis où le rêve américain est à nouveau relancé". Saluant la victoire de Barack Obama, le CRAN souhaite qu'en France, "les discriminations soient évaluées par les statistiques de la diversité et qu'une véritable politique d'action positive soit rapidement mise en oeuvre".

http://tempsreel.nouvelobs.com/depeches/international/europe/20081105.FAP6187/les_principales_reactions_en_france_apres_la_victoire_d.html

Par beber
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Vendredi 12 septembre 2008 5 12 /09 /Sep /2008 15:39
«Complot» du 11-Septembre: «On aime tous se rassurer avec un adversaire visible»
A l'occasion du septième anniversaire des attentats du 11 septembre 2001, Pierre Lagrange, sociologue, revient pour Libération.fr sur la pensée conspirationniste, revenue sur le devant de la scène avec les récentes déclarations de Bigard.
propos recueillis par Philippe Brochen
LIBERATION.FR : jeudi 11 septembre 2008
344 réactions  
Bigard (1), Cotillard (2), comment expliquer cette recrudescence des thèses de conspiration autour du 11-Septembre ?

La différence, c'est que maintenant ces thèses ont une visibilité. Avant, il y avait en gros une parole «officielle» et les points de vue minoritaires s’exprimaient, comme le notait Hubert Védrine, «dans les discussions de troquet au fin fond de la campagne». Mais aujourd’hui, avec la multiplication des moyens d’expression, les points de vue dits minoritaires s’expriment. Et cela oblige à revoir le problème. Est-ce qu’on peut se contenter de classer ces points de vue comme «délires» ou bien doit-on s’interroger sur l’image que cela nous donne du monde dans lequel nous vivons, un monde où la vérité n’est pas unique mais plurielle ?

C'est-à-dire ?

Prenons le problème autrement : pendant longtemps, il y avait la pensée occidentale, scientifique, et la pensée primitive, les Sauvages, etc. Et la pensée occidentale écrasait la pensée magique sans se poser de questions, au nom de la vraie science, de la véritable éducation et de la vraie religion. Aujourd’hui, on consacre des musées à ces formes de pensée «autres» et on en parle avec respect. Par contre, les «pensées sauvages» qui persistent chez nous, on n’a pas de mots assez durs pour les dénoncer. Comme on le fait avec Bigard [la bande-son de son intervention se trouve en fin d'article]. Ou avec d’autres.

«Le fait de disqualifier suffit-il à régler le problème ?»

Les ufologues (les amateurs d’ovnis), par exemple, auxquels vous vous êtes intéressés ?

Oui. Autrefois, quand on parlait d’ovni à la télé, c’était avec un astronome, un psychiatre, un psychanalyste et un journaliste rationaliste. Verdict : passez votre chemin, il n’y a rien à voir. Aujourd'hui, les ufologues sont invités sur les plateaux télé, même si on leur fait dire n’importe quoi en les coupant au montage. Ce sont les «chamans aborigènes» du monde occidental. Tout cela pour dire que mon problème n’est pas de dire qui a tort ou raison, mais de me demander si le fait de disqualifier ainsi suffit à régler le problème. Durkheim disait : «Ce qui nous paraît un crime aujourd'hui sera la morale de demain.» Comment apprend-on à vivre ensemble, avec nos points de vue différents ? Quel prix accepte-t-on de payer pour la démocratie ? Accepte-t-on même de donner la parole aux négationnistes ? Si on en reste à un niveau de la réaction scandalisée, on rate l'essentiel.

Les thèses sur la négation du 11-Septembre et celles niant l'existence des chambres à gaz sont-elles structurées de la même façon ?

Cela se ressemble au niveau du raisonnement. Mais il faut faire une différence au niveau du contenu. Et il est clair que Bigard a été sincèrement choqué de se retrouver amalgamé avec ce genre de personnages (ceci dit, pour quelqu’un qui prétend voir ce qui se passe au Pentagone, il aurait pu voir venir le coup !). Et il est vrai que l’accusation est un peu facile et qu’elle évite encore une fois de poser le vrai problème de notre capacité de vivre dans un monde qui n’a plus une vérité mais plusieurs.

«Certains négationnistes sont totalement sincères dans leur démarche»

Il est quand même compliqué de partager le même monde que les négationnistes...

On aimerait croire que ce sont de vulgaires escrocs antisémites. C’est sans doute vrai pour certains (escrocs, car antisémites cela ne fait aucun doute!), mais il y en a aussi qui sont totalement sincères dans leur démarche. C’est difficile à admettre, mais c’est ainsi. Sinon, il est tout simplement impossible de comprendre un cas comme celui de Jean-Claude Pressac, ancien compagnon de route des négationnistes, parti étudier les dossiers à Auschwitz pour démontrer leur thèse, qui a cherché des preuves pour étayer ses thèses négationnistes et qui est revenu avec la démonstration exactement contraire. Il est aujourd’hui publié par les Editions du CNRS et donne des cauchemars aux négationnistes qui l’accusent de conspirer contre la «vérité».

Cela pose une autre question: si tous les gens qui ne partagent pas nos idées sont des escrocs, on tombe dans la thèse du complot exactement inverse de celle de Meyssan. Et tous les autres, Meyssan et Bigard en tête, sont des manipulateurs. Thèse tout aussi caricaturale que celle du complot du 11-Septembre.

Tout serait donc question de sincérité ?

Non bien sûr, mais précisément qui peut dire ce qui sépare la réalité de points de vue qui seraient faux ? Et jusqu’où est-on prêt à aller pour défendre la vérité ? Jusqu’aux «commissaires politiques» ? Est-ce que parler du réel est limité à quelques experts ? Si oui, lesquels ? Ceux qui nous ont donné la vérité sur le nuage de Tchernobyl ? Il ne s’agit ni de dire que tout est pareil, ni de dire que seule la vérité doit avoir la parole. Car si on sait que tout n’est pas pareil, on ne peut pas affirmer savoir de façon catégorique qui dit le vrai et qui dit le faux. Donc il faut admettre qu’on puisse se tromper ou que d’autres puissent le faire. Cela fait partie des conséquences de cette révolution technologique qui nous traverse.

Le problème n'est pas d'être d'accord entre nous, mais d'apprendre à vivre ensemble. Du rationnalisme au racisme, il y a juste quelques lettres de différence. Le jeu de mots est facile, mais il ne faut pas oublier qu’entre le fait d’accuser les autres de penser de travers et déduire d’un détail physique leur «différence», le raisonnement est proche. Ceux qui trouvent commode de réduire untel ou untel à un négationniste devraient se rendre compte qu’ils peuvent se retrouver accusés de choses qui les scandaliseraient tout autant.

Donc, vous dites qu'il ne faut pas stigmatiser ce genre de pensées ?

Je dis que le premier réflexe n'est pas forcément le bon. Moi aussi, franchement en écoutant le propos de Jean-Marie Bigard, j’ai tendance à me demander quel genre de truc il a fumé. Les bras m'en tombent. Mais ça ne suffit pas pour régler le «problème». Il faut aller plus loin. On est en train de changer de régime de réalité. De plus en plus, il va y avoir des tas de façons de voir le monde qui vont devoir cohabiter. Les solutions vont s'élaborer au fur et à mesure.

«La réalité c’est souvent, quoi qu’on en dise, d’abord une rumeur»

Comment ce genre de thèses se structurent-elles?

Fondamentalement, commençons par reconnaître que le discours d’un Bigard n'est pas différent de la pensée scientifique, dans le sens où c'est un travail (même sommaire) sur la preuve: on accumule des indices avec lesquels on construit un scénario de la réalité. Le rapprochement n’a rien de scandaleux car il ne faut pas oublier que le scientifique qui travaille pourra, à partir de raisonnements identiques, tomber juste ou tomber faux. Ce n’est pas le raisonnement qui pose problème, c’est l’éventuelle construction qui en résulte.

C'est clair que Bigard a dû voir des vidéos, des films qui l’ont ébranlé, voire convaincu. Ensuite, il a un peu dérapé dans une émission et comme personne n’a remis en question ce qu’il disait (la non-réaction de Ruquier est étonnante), l’affaire s’est un peu emballée. Comme avec Marion Cotillard. Mais nous ne sommes pas si différents les uns des autres. Moi aussi, quand j’écoute notre gouvernement actuel, je vois volontiers des coups bas et des complots facilement ! Et qu’on ne vienne pas me dire que je délire ! Plus sérieusement, on aura davantage tendance à voir la bizarrerie chez les autres que chez soi. Sur le plan de la façon de penser, il n’y a guère de différences. Et puis n’oublions pas que la réalité qui est la nôtre tient moins par des démonstrations rigoureuses qu’au fait que nous la partageons avec d’autres en qui nous avons confiance. La réalité c’est souvent, quoi qu’on en dise, d’abord une rumeur.

Est-ce que ces gens échaffaudent ce genre de thèses pour se rassurer face à la peur ?

C'est assez juste, et là aussi, c’est valable pour nous tous. Au moins, Bush, on voit bien sa figure. On aime tous se rassurer avec un adversaire visible. Al-Qaeda, c'est comme les microbes de la peste : on ne les voit pas et ils peuvent se jeter sur nous à tout instant. On vit dans un scénario à la David Vincent [héros de la série «les envahisseurs»], où le personnage en apparence le plus normal se révèle tout d’un coup être un dangereux terroriste capable de se faire sauter dans le métro. Ben Laden, c'est les envahisseurs. On a du mal à faire avec ce discours, où le vrai n'est pas ce qu'il paraît être. Alors que les faucons du Pentagone, eux, on sait à quoi ils ressemblent.

Et puis il y a aussi une bonne dose de cynisme américain dans cette question. Qu’est-ce qui est le plus grave au fond ? Que Bigard accuse les Américains d’avoir tout organisé, ou bien que le Pentagone et la Maison Blanche aient profité avec un certain cynisme de la situation engendrée par les attentats du 11 septembre pour lancer une guerre contre l’Irak qui n’a absolument aucune raison d’être ? Qui délire le plus: celui qui invente le complot du 11 septembre ou celui qui invente les armes imaginaires de Saddam Hussein ? Quel «délire» a les conséquences les plus dramatiques ?

«A croire les rationalistes, il y aurait un complot pour abattre la science»

Comment qualifier les personnes qui véhiculent ces théories de complot ? Des malades mentaux paranoïaques ?

On se construit tous notre paranoïa. Ainsi, à croire les rationalistes qui racontent cela depuis bien longtemps, il y aurait un complot pour abattre la science. Les astrologues, les amateurs d’ovnis et les journalistes soucieux de vendre du papier se ligueraient pour faire délirer le monde et saper les fondements de la pensée scientifique.

Comment peut-on agir face à ces agissements sans nourrir cette paranoïa?

On ne peut pas s'en débarrasser comme ça, puisque que c'est une partie de nous-mêmes. Il n'y a pas de mode d'emploi. On ne peut pas dire : «A partir d’ici, vous ne pensez plus droit, prenez vos gouttes!» On ne voit bien la bizarrerie que chez les autres, par l’effet de la mise à distance, en forçant le trait au besoin (ainsi en rapprochant Bigard des négationnistes). Les rationalistes prétendent savoir faire la différence, mais il finissent par soutenir un discours aussi extrême que celui qu'ils dénoncent.

En voulant décrire les prétendus délires des autres, on tombe dans le discours des psychiatres soviétiques sur la psychose torpide en URSS (la maladie mentale dont souffraient soit-disant les dissidents, ndlr). Qu'est-ce qui est le mieux ? Parfois, le remède amène aux mêmes conséquences. Et la solution est pire que le mal.


http://www.liberation.fr/actualite/societe/351387.FR.php




Par beber
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Vendredi 12 septembre 2008 5 12 /09 /Sep /2008 15:31
Marc Mennessier
11/09/2008 | Mise à jour : 16:10 |
Commentaires 50
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AFP/CERN
AFP/CERN

Peu après l'émission du premier faisceau, mercredi, le directeur général du Cern, Robert Aymar, a salué un «succès pour l'Europe».

Mercredi matin, peu après 9 h 30, tous les physiciens de la planète et, avec eux, des millions de personnes fascinées par cette extraordinaire aventure scientifique ont retenu leur souffle. Après vingt années d'études et de travail acharné, le premier faisceau de protons a été injecté avec succès dans le LHC (ou grand collisionneur de hadrons), la machine expérimentale la plus imposante et la plus puissante jamais construite par l'homme.

Pour permettre à l'humanité de «savoir d'où elle vient, où elle va et si l'univers a une fin», selon la belle expression de Robert Aymar, le directeur général du Cern (1), les chercheurs vont provoquer, dans cet anneau souterrain de 27 kilomètres de circonférence, situé à la frontière franco-suisse, près de Genève, des collisions frontales entre des particules de matière (protons ou ions de plomb) à des niveaux d'énergie encore jamais atteints. Ces collisions se produiront au cœur de quatre immenses détecteurs (Atlas, Alice, CMS, LHCb) disposés le long de l'anneau.

Les physiciens espèrent ainsi reconstituer, en une fraction de seconde, les conditions qui prévalaient il y a 13,7 milliards d'années juste après le big bang, faire jaillir des particules infinitésimales encore jamais observées, comme le fameux boson de Higgs, traquer l'antimatière ou encore résoudre l'énigme de la mystérieuse matière noire et des particules supersymétriques qu'elle est supposée contenir.

«La qualité du travail accompli par les 7 000 personnes qui ont construit cette formidable machine a permis de mettre en route les huit portions de l'anneau en moins d'une heure. Jamais un accélérateur n'avait démarré en un temps si court !», s'est félicité Robert Aymar qui salue également un «succès pour l'Europe».

La traque du «Higgs»

«La France, avec près de 500 physiciens, ingénieurs et techniciens du CNRS, du CEA et des universités, et avec 600 millions d'euros investis (soit près de 16 % du financement), figure parmi les plus importants contributeurs du LHC», s'est réjouie, de son côté, la ministre de la Recherche, Valérie Pécresse.

Dans l'après-midi, un deuxième faisceau a parcouru le même trajet mais en sens inverse. Guidés par des aimants supraconducteurs refroidis avec de l'hélium superfluide à  271,3 °C, grâce au plus grand «congélateur» du monde mis au point par Air Liquide, les faisceaux de protons vont être progressivement accélérés pour atteindre des vitesses hallucinantes, proches de celle de la lumière (300 000 km/s). De quoi parcourir en 10 heures la distance qui sépare la Terre de Pluton ! Dans quelques mois, lorsqu'il fonctionnera à plein régime, 3 000 faisceaux de protons circuleront en continu dans l'anneau, générant un nombre astronomique de collisions et de particules. Les premières découvertes ne sont pas attendues avant 2009, soit un an avant le début de la fermeture du Fermilab, un accélérateur américain cinq fois moins puissant que le LHC mais qui traque lui aussi le «Higgs». La course-poursuite est engagée.

(1) Organisation européenne pour la recherche nucléaire, qui regroupe vingt pays européens. Les États-Unis, la Russie, Israël, l'Inde, le Japon et la Turquie participent en qualité d'«observateurs».

 

http://www.lefigaro.fr/sciences/2008/09/11/01008-20080911ARTFIG00376-la-machine-a-big-bang-lancee-avec-succes-.php

Par beber
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